Vous venez de recevoir un héritage et vous vous demandez quoi en faire ? La réponse courte : ne vous précipitez pas. Commencez par régler la succession (déclaration et droits éventuels), mettez de côté une épargne de précaution, listez vos projets à court terme, puis seulement ensuite répartissez le reste entre placements sécurisés et placements de long terme, selon votre horizon et votre tolérance au risque.

Un héritage arrive presque toujours dans un moment chargé en émotions. C’est justement pour ça qu’il mérite une méthode. Mon objectif, comme toujours : vous permettre de comprendre ce que vous faites avec votre argent, et pourquoi vous le faites.

Étape 1 : vous laisser le temps (et ne rien signer dans l’urgence)

Il n’y a aucune obligation de placer l’argent dès qu’il arrive sur votre compte. Pendant le deuil, les sollicitations sont nombreuses (banque, proches, offres « à saisir »). Une bonne règle : attendre quelques semaines, voire quelques mois, en laissant les fonds sur un support disponible et sans risque, le temps de faire le point.

Ce délai a un coût faible, alors qu’une mauvaise décision prise dans la précipitation peut vous coûter bien plus cher.

Étape 2 : régler la succession et les droits éventuels

La déclaration de succession

Lorsqu’elle est obligatoire, la déclaration de succession doit en principe être déposée dans les 6 mois suivant le décès (si le décès a eu lieu en France métropolitaine). Au-delà, des intérêts de retard s’appliquent. Dès qu’il y a un bien immobilier, le passage chez le notaire est obligatoire.

Combien allez-vous payer ?

Entre un parent et son enfant, chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 €. Le conjoint marié ou le partenaire de PACS est, lui, totalement exonéré. Au-delà de l’abattement, un barème progressif s’applique (de 5 % à 45 % en ligne directe). Tout le détail est sur service-public.fr.

Exemple chiffré pour un enfant qui hérite de son parent (barème 2026) :

Part reçue par l’enfantPart taxable après abattementDroits à payerMontant net reçuTaux moyen réel
100 000 €0 €0 €100 000 €0 %
150 000 €50 000 €8 194 €141 806 €5,5 %
250 000 €150 000 €28 194 €221 806 €11,3 %
400 000 €300 000 €58 194 €341 806 €14,6 %

Pour 150 000 € : 5 % sur les 8 072 premiers euros, 10 % jusqu’à 12 109 €, 15 % jusqu’à 15 932 €, puis 20 % sur le reste, soit 8 194 € au total. Le taux « effrayant » de 20 % ne s’applique donc qu’à une partie de la somme.

Pour estimer votre propre situation, vous pouvez utiliser le simulateur de droits de succession.

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Bon à savoir : les capitaux d’assurance vie transmis à un bénéficiaire désigné suivent une fiscalité à part, avec un abattement spécifique pour les versements effectués avant 70 ans. Ils ne sont pas forcément concernés par le barème ci-dessus.

Étape 3 : rembourser ce qui coûte cher

Avant de chercher à « faire fructifier », regardez vos dettes. Un crédit à la consommation ou un découvert vous coûte souvent bien plus que ce qu’un placement prudent peut rapporter. Les rembourser est un gain certain.

Pour un crédit immobilier à taux bas, c’est différent : le remboursement anticipé n’est pas toujours la meilleure option. C’est un vrai arbitrage à faire au cas par cas.

Étape 4 : constituer (ou compléter) votre épargne de précaution

C’est le socle : en général 3 à 6 mois de dépenses disponibles à tout moment, sur des livrets réglementés. Au 1er août 2026, le Livret A et le LDDS rapportent 1,7 % net d’impôt. Avec un Livret A rempli au plafond (22 950 €), cela représente environ 390 € d’intérêts sur un an.

Pour aller plus loin sur la place des livrets dans votre épargne, je vous explique comment organiser votre épargne en différentes « poches ».

Étape 5 : lister vos projets à 1, 3 et 8 ans et plus

Un héritage n’a de sens que rapporté à vos objectifs. Posez-les par horizon :

  • Moins de 3 ans : achat d’une voiture, travaux, apport pour une résidence principale. Ici, pas de placement risqué : l’argent doit être disponible au bon moment.
  • 3 à 8 ans : financer les études des enfants, préparer un changement de vie. Un mélange prudent est possible.
  • 8 ans et plus : retraite, transmission, revenus complémentaires. C’est la seule poche qui peut supporter les fluctuations des marchés.
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Étape 6 : répartir le reste selon votre horizon

Reprenons l’exemple d’un héritage net de 141 806 €, pour un foyer qui dépense 2 500 € par mois et prévoit un apport immobilier dans 2 ans. Une répartition purement illustrative pourrait être :

PocheObjectifMontant illustratifNiveau de risque
PrécautionImprévus (6 mois de dépenses)15 000 €Très faible
Projet court termeApport immobilier dans 2 ans40 000 €Faible
Moyen termeÉtudes des enfants25 000 €Modéré
Long termeRetraite, transmission61 806 €Plus élevé
Total141 806 €

Ce n’est pas une recommandation : la bonne répartition dépend de votre âge, de vos revenus, de votre fiscalité, de votre patrimoine existant et de votre rapport au risque.

Pourquoi ne pas tout laisser sur un compte ?

Parce que l’inflation grignote votre pouvoir d’achat. Avec une inflation moyenne de 2 % par an, 100 000 € laissés sur un compte non rémunéré n’auraient plus, au bout de 10 ans, que le pouvoir d’achat d’environ 82 000 € d’aujourd’hui. J’en parle plus en détail dans l’article Inflation : comment protéger son patrimoine ?.

Et sur le long terme ?

À titre d’illustration uniquement, voici ce que deviendraient 60 000 € placés 10 ans selon différentes hypothèses de performance annuelle moyenne, non garanties :

Hypothèse annuelle (non garantie)Capital après 10 ansGain
2 %73 140 €13 140 €
4 %88 815 €28 815 €
5 %97 734 €37 734 €

Ces chiffres ne tiennent compte ni des frais, ni de la fiscalité, ni des années de baisse. Les placements dont la performance peut dépasser celle des livrets (unités de compte, actions, immobilier papier…) présentent un risque de perte en capital : vous pouvez récupérer moins que ce que vous avez investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Les grandes familles d’enveloppes à étudier sur cette poche : assurance vie (fonds en euros et unités de compte), PEA, compte-titres, PER pour la retraite, immobilier en direct ou via des SCPI. Chacune a sa fiscalité et ses contraintes de disponibilité. Si vous hésitez entre sécurité et rendement, mon comparatif fonds euros vs SCPI vous aidera à y voir plus clair.

Étape 7 : penser à la suite (et à votre propre transmission)

Recevoir un héritage est souvent le moment où l’on réalise l’importance d’anticiper. Quelques pistes à étudier :

  • Désigner clairement les bénéficiaires de vos contrats d’assurance vie.
  • Donner de votre vivant : l’abattement de 100 000 € entre parent et enfant se renouvelle tous les 15 ans. Jusqu’au 31 décembre 2026, un dispositif temporaire permet aussi d’exonérer jusqu’à 100 000 € de dons de sommes d’argent à un enfant ou petit-enfant, s’ils servent à acheter un logement neuf en résidence principale ou à financer certains travaux de rénovation énergétique (sous conditions strictes).
  • Protéger votre conjoint selon votre régime matrimonial.

Tout cela se prépare : c’est l’objet de l’accompagnement pour transmettre son patrimoine.

Récapitulatif : que faire d’un héritage ?

ÉtapeCe qu’il faut fairePoint de vigilance
1. Prendre le tempsLaisser les fonds en sécurité quelques semainesNe rien signer dans l’urgence
2. Régler la successionDéclaration dans les 6 mois, droits éventuelsIntérêts de retard au-delà
3. RembourserSolder les dettes coûteusesArbitrer pour le crédit immobilier
4. Précaution3 à 6 mois de dépenses disponiblesPlafonds des livrets
5. ProjetsClasser par horizon : moins de 3 ans, 3 à 8 ans, plus de 8 ansL’argent du court terme ne prend pas de risque
6. RépartirAdapter chaque poche à son horizonRisque de perte en capital sur le long terme
7. AnticiperBénéficiaires, donations, protection du conjointConditions et délais des dispositifs

FAQ : vos questions sur l’héritage

Faut-il déclarer un héritage aux impôts ?

L’héritage n’est pas un revenu : il ne se déclare pas dans votre déclaration de revenus. En revanche, une déclaration de succession est souvent obligatoire, en principe dans les 6 mois suivant le décès, et les droits éventuels sont calculés à cette occasion. Les revenus que produira ensuite l’argent placé seront, eux, imposables.

Combien un enfant peut-il hériter sans payer de droits ?

Chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 € sur la part reçue de chacun de ses parents, à condition que cet abattement n’ait pas déjà été utilisé pour des donations dans les 15 ans précédant le décès. Les capitaux d’assurance vie peuvent bénéficier d’un abattement supplémentaire, selon l’âge de l’assuré lors des versements.

Où placer un héritage de 100 000 € ?

Il n’y a pas de réponse unique. La méthode : d’abord une épargne de précaution disponible, puis une poche pour les projets à moins de 3 ans sans risque, et enfin une poche long terme diversifiée, adaptée à votre tolérance au risque, en acceptant la possibilité de perte en capital.

Peut-on refuser un héritage ?

Oui. Un héritier peut accepter la succession, l’accepter à concurrence de l’actif net (pour ne pas payer les dettes au-delà de ce qu’il reçoit), ou y renoncer, notamment si les dettes dépassent la valeur des biens. Le notaire vous accompagne dans ce choix.

Faut-il se faire accompagner pour placer un héritage ?

Ce n’est pas obligatoire, mais un regard extérieur aide à prendre des décisions à froid et à articuler fiscalité, projets et transmission. Pensez à vérifier le statut de votre interlocuteur (par exemple sur le registre de l’ORIAS) et la façon dont il est rémunéré.

Pourquoi se faire accompagner ?

Conseiller en gestion de patrimoine à Rennes pour placer un héritage

Un héritage, c’est souvent une somme qu’on ne reçoit qu’une fois. Il mérite une vraie réflexion, à votre rythme, pour qu’il serve vos projets et prolonge, d’une certaine manière, ce que la personne disparue vous a transmis.

Mon rôle : vous aider à articuler succession, fiscalité, projets et placements, pour que vous compreniez ce que vous faites avec votre argent, et pourquoi vous le faites.

Rendez-vous et bilan offerts, sans engagement.

Contenu à caractère informatif, ne constitue pas un conseil personnalisé. Les chiffres cités (barème des droits de succession, taux des livrets) sont ceux en vigueur à la date de rédaction (octobre 2026) et peuvent évoluer. Tout placement autre que les livrets réglementés et les fonds en euros présente un risque de perte en capital. YouVest, conseiller en investissements financiers, ORIAS 26000600.